Je suis papa de deux filles, et cette question, je me la suis posée avant de la poser à mes clients. Dans cet article, je vous explique chaque option, qui détient vraiment l'argent, ce que dit la fiscalité et comment le temps peut faire une vraie différence. Chaque situation est différente : l'idée est de vous donner des repères pour décider en connaissance de cause.
Placer de l'argent pour son enfant : deux questions à se poser
Quel est l'horizon du projet ?
Un permis de conduire dans 3 ans et des études dans 15 ans ne se préparent pas de la même façon. Pour un objectif proche, on cherche la disponibilité et la stabilité. Pour un objectif lointain, on peut accepter des fluctuations en échange d'un potentiel de rendement plus élevé, avec un risque de perte en capital.
Qui doit détenir l'argent ?
C'est la question que beaucoup de parents oublient. Si l'épargne est au nom de l'enfant, elle lui appartient. Vous la gérez pendant sa minorité, en tant qu'administrateur légal, mais à 18 ans, il en dispose. Si l'épargne est à votre nom, elle reste la vôtre et vous décidez plus tard quand et comment la lui transmettre.
Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Certains parents veulent responsabiliser leur enfant tôt. D'autres préfèrent garder la main jusqu'à ce qu'ils le sentent prêt.
Livret A et livret jeune : la base disponible
Le livret A
Un enfant peut avoir un livret A dès la naissance. Un mineur peut même l'ouvrir seul, sans intervention de son représentant légal. Depuis le 1er août 2026, son taux est de 1,7 % par an, et son plafond de versements est de 22 950 €. Les intérêts sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
Côté retraits, les règles protègent l'enfant :
- avant 16 ans, il ne peut pas retirer lui-même ;
- à partir de 16 ans, il peut retirer avec l'accord de son représentant légal, qui peut aussi s'y opposer ;
- à 18 ans, il dispose librement de son argent.
La limite est claire : avec un taux de 1,7 %, le livret A protège surtout l'épargne de court terme. Sur 15 ou 18 ans, son rendement peut être inférieur à l'inflation selon les périodes.
Le livret jeune
Le livret jeune s'adresse aux 12-25 ans. Son plafond est de 1 600 €, et son taux est fixé librement par chaque banque, sans pouvoir être inférieur à celui du livret A. Les intérêts sont, là aussi, exonérés d'impôt et de prélèvements sociaux. Il est clôturé automatiquement l'année des 25 ans de son titulaire.
C'est un bon outil pédagogique pour apprendre à un adolescent à gérer un premier budget. Mais avec un tel plafond, il ne peut pas être le support d'un vrai projet d'épargne à long terme.
L'assurance vie : l'enveloppe du long terme
L'assurance vie est un contrat d'épargne qui peut contenir deux grandes catégories de supports. Le fonds en euros, dont le capital est garanti par l'assureur (hors frais et dans la limite de sa solidité financière). Et les unités de compte (fonds actions, ETF, immobilier…), qui offrent un potentiel de rendement plus élevé mais présentent un risque de perte en capital.
Option 1 : une assurance vie au nom de l'enfant
Le contrat est ouvert au nom de l'enfant, par ses représentants légaux. L'argent versé lui appartient définitivement : c'est en général une donation. Pendant sa minorité, ce sont les parents qui gèrent le contrat. À sa majorité, il en prend le contrôle et peut, en principe, racheter tout ou partie de l'épargne.
Un point fiscal intéressant : l'antériorité. L'âge fiscal d'un contrat d'assurance vie commence à la date du premier versement. Après 8 ans, les gains retirés bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, avant imposition. Un contrat ouvert à la naissance aura donc plus de 8 ans bien avant les 18 ans de l'enfant.
Option 2 : une assurance vie au nom du parent
Vous ouvrez le contrat à votre nom, avec l'objectif de constituer un capital destiné à votre enfant. L'argent reste le vôtre : vous pouvez le donner au moment que vous jugez opportun, en une ou plusieurs fois, ou le garder si votre situation change.
La clause bénéficiaire, c'est-à-dire la désignation de la personne qui recevra le capital en cas de décès, permet de prévoir que votre enfant en sera bénéficiaire. Pour les primes versées avant 70 ans, les sommes transmises sont exonérées jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire, au-delà de quoi une taxation spécifique s'applique.
Cette option offre de la souplesse. Sa limite : l'argent n'est pas juridiquement « à l'enfant », et il faudra organiser la transmission au bon moment.
Le compte-titres : investir en bourse pour un mineur
Un compte-titres ordinaire peut être ouvert au nom d'un mineur par ses représentants légaux. Il permet d'acheter des actions, des ETF (fonds indiciels cotés) ou des obligations, sans plafond de versement.
Sa fiscalité est moins douce : en 2026, les dividendes et plus-values sont en principe soumis au prélèvement forfaitaire unique, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Et comme pour tout investissement en bourse, le risque de perte en capital est réel. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Et le PEA pour un mineur ?
C'est une question qu'on me pose souvent. La réponse est non : un mineur ne peut pas ouvrir de PEA (plan d'épargne en actions). Il faut être majeur et fiscalement domicilié en France.
En revanche, un jeune majeur rattaché au foyer fiscal de ses parents, par exemple un étudiant, peut en ouvrir un. Ses versements sont alors limités à 20 000 € tant que dure le rattachement. Ensuite, le plan devient un PEA classique, plafonné à 150 000 €. Ouvrir un PEA dès 18 ans permet de faire courir tôt le délai de 5 ans, au-delà duquel les gains retirés sont exonérés d'impôt sur le revenu (hors prélèvements sociaux).
Tableau comparatif des solutions
| Critère | Livret A | Livret jeune | Assurance vie (enfant) | Assurance vie (parent) | Compte-titres |
|---|---|---|---|---|---|
| Âge d'ouverture | Dès la naissance | 12 à 25 ans | Dès la naissance | Le parent | Dès la naissance |
| Plafond | 22 950 € | 1 600 € | Aucun | Aucun | Aucun |
| Qui détient l'argent | L'enfant | L'enfant | L'enfant | Le parent | L'enfant |
| Disponibilité | Immédiate | Immédiate | Rachat possible | Rachat possible | Vente possible |
| Risque de perte en capital | Non | Non | Selon les supports | Selon les supports | Oui |
| Fiscalité des gains | Exonérés | Exonérés | Avantageuse après 8 ans | Avantageuse après 8 ans | 31,4 % en 2026 |
| Horizon adapté | Court terme | Court terme | Long terme | Long terme | Long terme |
Donner à son enfant : dons manuels et abattements
Placer de l'argent au nom de votre enfant revient le plus souvent à lui faire une donation. Bonne nouvelle : le cadre fiscal est favorable.
L'abattement de 100 000 € par parent
Chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € à chacun de ses enfants sans droits de donation. Cet abattement se renouvelle tous les 15 ans. Pour un couple, cela représente 200 000 € par enfant sur 15 ans. Les grands-parents disposent, eux, d'un abattement de 31 865 € par petit-enfant.
Le don familial de sommes d'argent
Un second dispositif permet de donner jusqu'à 31 865 € en plus, également tous les 15 ans. Mais attention : il suppose que le donateur ait moins de 80 ans et que le bénéficiaire soit majeur ou émancipé. Il ne s'applique donc pas à un enfant mineur.
Ne pas oublier la déclaration
Un don manuel, c'est-à-dire une remise directe d'argent sans acte notarié, doit être déclaré par le bénéficiaire dans le mois qui suit. La déclaration se fait en principe en ligne, depuis l'espace Finances publiques. Pour un enfant mineur, ses représentants légaux s'en chargent. Cette formalité est importante : elle fixe la date du don, et donc le point de départ du délai de 15 ans.
Pour des montants importants, ou si vous souhaitez encadrer l'usage de l'argent, une donation devant notaire peut prévoir certaines conditions. C'est un sujet à étudier au cas par cas.
Ce qui se passe à 18 ans
C'est le moment où tout change pour l'épargne au nom de l'enfant. À sa majorité, il devient pleinement propriétaire et gestionnaire de ses livrets, de son assurance vie et de son compte-titres. Il peut retirer, dépenser, réinvestir.
Pour moi, c'est une étape à préparer bien avant ses 18 ans. Expliquer à son enfant d'où vient cet argent, à quoi il était destiné, comment fonctionnent les intérêts composés : c'est souvent plus précieux que la somme elle-même. L'argent est une énergie qui permet d'atteindre des objectifs de vie. Encore faut-il savoir quels objectifs on poursuit.
Si cette perspective vous inquiète, l'épargne à votre nom reste une alternative. Vous transmettrez au moment où votre enfant sera prêt.
L'effet du temps : un exemple chiffré
Prenons un exemple purement hypothétique. Une famille verse 100 € par mois pour son enfant, de sa naissance à ses 18 ans. Au total, elle aura versé 21 600 €.
| Rendement annuel net hypothétique | Capital estimé à 18 ans |
|---|---|
| 0 % | 21 600 € |
| 2 % | environ 25 900 € |
| 4 % | environ 31 300 € |
Ces chiffres sont des illustrations, pas des promesses. Ils ne tiennent pas compte de l'inflation ni de la fiscalité, et un rendement de 4 % n'est jamais garanti : il suppose des supports exposés à un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Ce que montre l'exemple, c'est le mécanisme des intérêts composés : les gains produisent eux-mêmes des gains. Plus la durée est longue, plus cet effet compte. Pour tester vos propres hypothèses, vous pouvez utiliser notre simulateur d'intérêts composés.
Comment je vous conseille de vous organiser
Dans la pratique, beaucoup de familles combinent plusieurs solutions :
- un livret A pour l'épargne disponible et les petits projets à court terme ;
- une assurance vie, au nom de l'enfant ou du parent, pour les projets lointains comme les études ou un premier achat ;
- éventuellement, un compte-titres ou plus tard un PEA pour une épargne plus dynamique, en acceptant le risque.
La répartition dépend de vos revenus, de votre propre épargne, de vos objectifs et de votre rapport au risque. Je vous conseille de ne pas oublier votre propre sécurité : épargner pour ses enfants ne doit pas se faire au détriment de votre épargne de précaution ou de votre retraite. Sur ce point, mon article sur comment préparer sa retraite à 40 ans peut vous aider.
C'est exactement l'objet de mon accompagnement Plan Liberté Enfant : définir avec vous le projet, choisir les bonnes enveloppes et mettre en place un plan qui tient dans la durée. Mon cabinet n'appartient à aucune banque ni à aucun réseau, et je ne touche que de très faibles rétrocessions : mon conseil n'est tiré par aucun produit. Mes modalités de rémunération (honoraires et frais de suivi sur les encours conseillés) sont présentées en toute transparence sur le site.
Si vous voulez en parler, vous pouvez prendre rendez-vous pour un premier échange.
Questions fréquentes
À quel âge faut-il commencer à épargner pour son enfant ?
Il n'y a pas d'âge idéal, mais plus on commence tôt, plus le temps peut jouer en faveur de l'épargne grâce aux intérêts composés. Même de petits versements réguliers dès la naissance peuvent représenter une somme utile à 18 ans. L'essentiel est de choisir une enveloppe adaptée à l'horizon du projet.
Un enfant peut-il retirer l'argent de son livret A seul ?
Avant 16 ans, aucun retrait n'est possible par l'enfant lui-même. À partir de 16 ans, il peut retirer, mais avec l'accord de son représentant légal, qui peut aussi s'y opposer. À sa majorité, il dispose librement de l'argent.
Mon enfant peut-il avoir un PEA ?
Non, un mineur ne peut pas ouvrir de PEA : il faut être majeur et fiscalement domicilié en France. Un jeune majeur rattaché au foyer fiscal de ses parents peut en ouvrir un, avec un plafond de versements de 20 000 € tant que dure le rattachement.
Faut-il déclarer l'argent donné à son enfant ?
Oui, un don manuel doit être déclaré à l'administration fiscale dans le mois qui suit, en principe en ligne depuis l'espace Finances publiques. La déclaration permet notamment de faire courir le délai de 15 ans de l'abattement. Même sans droits à payer, cette formalité reste utile.
Assurance vie au nom de l'enfant ou au nom du parent : que choisir ?
Au nom de l'enfant, l'argent lui appartient définitivement et il en prend le contrôle à sa majorité. Au nom du parent, vous gardez la main et pouvez décider plus tard quand et comment transmettre. Le choix dépend surtout du niveau de contrôle que vous souhaitez conserver.
Sources
- Livret A - Service-Public.fr
- Livret jeune : quelles sont ses caractéristiques ? - economie.gouv.fr
- Droits de donation : abattements selon le lien de parenté - Service-Public.fr
- Don manuel - Service-Public.fr
- Assurance vie : fiscalité des rachats - Service-Public.fr
- Plan d'épargne en actions (PEA) - Service-Public.fr
Article à caractère général et pédagogique, à jour à la date indiquée ; il ne constitue pas un conseil personnalisé. La fiscalité et la réglementation évoluent. Tout investissement comporte des risques, notamment de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Avant toute décision, faites analyser votre situation par un professionnel.

